Capitalisme, traumatismes et vie bien peinardos

Ces temps-ci je fais de longues balades dans les (liserés d’arbres qui nous servent de) bois à La Rochelle, je cuisine de la compote avec les pommes du jardin, je travaille depuis le fond du canap’ avec la moelleuse Serge affalée sur les jambes, je reprends des cours de danse et … c’est tout.
(Et aussi je fais aussi des photos au milieu des champs de coquelicots l’air de rien 😀 )

Je ne suis pas torturée de questions, je ne reçois pas milles sagesses profondes qu’il me brûle de partager. Je fais ce que j’ai à faire, je me couche satisfaite de ma journée, je gère mes émotions au moment où elles arrivent sans être terrassée. Bref, ça va bien, et la vie est simple.

Ce qui est tout de même marrant est que ça demande de s’adapter même à ce qu’on a le plus désiré et à ce qui est le plus simple. Comme beaucoup d’entre nous, j’ai nourri une forme d’addiction à l’action, à la complexité et à l’intensité, a minima dans ma vie interne quand ce n’est pas aussi dans tous les aspects de ma vie externe.

La question qui rôde derrière un coin de ma tête est: “est ce que ‘simple’ va devenir ‘chiant’ à un moment?”

Bon, pour avoir vécu suffisamment, j’ai assez confiance que la vie me servira sur un plateau plus tôt que tard son lot de surprises à gérer, donc je ne m’appesantis pas non plus trop sur cette question 🙂

Ce qui est intéressant dans cette histoire de platitude et de vie tranquille est de noter que cette addiction à la frénésie est un problème largement collectif: nous sommes des sociétés addicts à l’hyper-stimulation qui n’ont d’yeux que pour l’action et la densité.

Il est certain que je participe bien moins à l’engrenage de la productivité-consommation quand je suis dans les bois, que je ne cherche pas à compenser une peine ou une douleur quelconque par une expérience ou un achat et que je n’ai pas besoin d’un setting hyper stimulant pour considérer qu’une soirée est hyper réussie.

Pour beaucoup, l’addiction à l’intensité est une réponse au traumatisme, individuel ou collectif. Pour éviter de risquer de ressentir de la douleur ou de l’inconfort, on plonge dans l’action. Ça nous brûle de FAIRE parce que c’est tellement difficile d’ETRE avec le vide et l’inconfort de peines incomprises, dévalorisées et qu’on l’on ne sait souvent même pas nommer.

Ça prend deux secondes de relier les points: le système tel qu’on le connait a besoin de gens traumatisés et en souffrance pour continuer à survivre. Et là où je veux en venir est que soigner vos traumas et recâbler votre système nerveux sur le mode “je kiffe être peinard.e”, c’est lutter contre le capitalisme et les systèmes de domination. Cool, non?

Et sinon, vous, ça va?

Laisser un commentaire